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Produire du bois de qualité, une nécessité!

Quand on parle de production de bois en forêt privée en 2012, on parle d’une réalité bien différente de celle qu’ont connue les producteurs dans les années 80, 90 et même 2000. Les acheteurs avec lesquels nous faisons affaire ne sont plus les mêmes. Ils sont moins nombreux et, en général, beaucoup moins prospères. Affairés à assurer la survie de leurs usines, les gestionnaires des entreprises forestières recherchent le moindre avantage qui leur permettrait de demeurer concurrentiels dans des marchés en déclin quand ce n’est pas déjà en déroute.

Tous ces gestionnaires en viennent à examiner de beaucoup plus près l’impact de la qualité du bois qui entre dans leurs usines sur leurs coûts de production et la qualité des produits transformés. Ainsi, la plupart trouvent des avantages à raffiner leurs normes de qualité pour s’assurer de recevoir une matière première qui répond le mieux aux exigences de leurs procédés de transformation et de leurs marchés. Bonne nouvelle pour eux, très mauvaise nouvelle pour les producteurs de la forêt privée! Tout ça se traduit par des normes de qualité plus sévères et une importante perte de flexibilité dans la production. Ce qui était bon avant ne l’est plus. Ce qui est bon pour un acheteur ne l’est pas pour l’autre. Ce qui devait se produire sur une période de plusieurs mois doit maintenant être produit en quelques semaines. « Faire chantier » devient un casse-tête.

Malgré ces nouvelles contraintes, de nombreux producteurs tiennent aux marchés traditionnels, particulièrement à ceux des résineux de 4 pieds. Certains, soucieux de maximiser leurs efforts ou de ne rien perdre en forêt, ont tendance à récolter du bois qui ne répond vraiment plus aux normes. Deux attentes bien compréhensibles, mais maintenant incompatibles. Pour conserver nos marchés, il est désormais incontournable de répondre aux exigences de qualité des acheteurs. Ne pas le faire sur une base individuelle, c’est agir au détriment des intérêts de l’ensemble. Au quotidien, c’est risquer un refus de livraison et les pertes qui l’accompagnent. C’est aussi, de plus en plus souvent, perdre une occasion pour la région de livrer un voyage de bois de plus. À long terme, c’est ternir la réputation des producteurs de la forêt privée et possiblement contribuer à accélérer les décisions des gestionnaires d’usines qui songent à changer leurs procédés de fabrication. Trop de facteurs hors de notre contrôle les incitent déjà à le faire. Gardons-nous d’en ajouter un autre en n’agissant pas sur ce que nous contrôlons : ce que nous mettons dans la pile de bois.

Un des mérites de l’action collective, c’est de privilégier l’intérêt de la collectivité plutôt que celui de quelques individus. En matière de qualité de la production, nous en sommes rendus à faire ce choix. Les producteurs doivent prendre leurs responsabilités et répondre aux normes de qualité et de fraîcheur afin de protéger les marchés auxquels ils tiennent. Pour sa part, le Syndicat doit agir sur deux fronts. D’une part, il doit intervenir avec conviction auprès des acheteurs pour conserver la plus grande flexibilité de production possible et mettre fin à des pratiques injustifiables dans certains postes de réception. D’autre part, le Syndicat doit s’assurer, avec l’aide des transporteurs accrédités, qu’un voyage qui quitte la forêt sera un voyage accepté à l’usine.

Vous aurez compris qu’il est question dans ce texte de discipline. Celle que l’on s’impose pour défendre ses intérêts est toujours plus facile à accepter et moins douloureuse que celle qui vient de l’extérieur. Le titre de cet éditorial doit donc devenir un mot d’ordre en 2012 : « Produire du bois de qualité, une nécessité! »

Jean-Pierre Dansereau, ing. f.

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